Salut les Clasheurs !!

Crédits:

DUHAMEL Claire

GUARD Gabrielle

MOOC réalisé dans le cadre du cours « Nouvelles Formes de l’Echange Culturel » de Laurence Allard, Licence Culture et médias – Université Charles-de-Gaulle

 

I. Définition du projet

1. Thème

La thématique de ce MOOC tourne autour de la culture clash dans le monde hip-hop. On verra son apparition, sa diffusion,sa présentation de ses acteurs et aussi de ses singularités. Ce MOOC tentera de vous faire connaître cette culture du clash qui fait partie intégrante de la culture hip-hop.

2. Objectifs pédagogiques

L’objectif de ce MOOC est de partir des origines du clash et de voir la stylistique du discours pour ensuite comprendre le mode de vie revendiqué à travers la pratique du clash et ses représentations dans le monde hip-hop.
Grâce à ce MOOC, nous pourrons vous apprendre une connaissance plus pointue de ce monde à travers nos modules et nos références.

 3. Description des modules

  • 1er module : Les bases, c’est-à-dire remonter aux origines et voir cette culture du défi dans les différentes disciplines (la joute verbale des MC’s, les battles de breakdance, de graff).
  • 2ème module : Quelle rôle jouent les médias dans cette culture du hip-hop? Nous reviendrons sur l’apparition du clip et aux premières émissions de hip-hop
  • 3ème module : Nous verrons l’esthétique des clashs, des MC’s, comment sont-ils représentés? A travers ce module, nous décortiquerons leur style, leur gestuelle …
  • 4ème module : L’agonistique du discours 1 revient sur la violence symbolique du rap
  • 5ème module : L’agonistique du discours 2 ou l’art du freestyle et de dompter son public

4. Certification

Nous vous proposerons de composer un clash par paire dans le style des « Epic battle of rap » en choisissant deux personnalités médiatiques qui ont récemment fait parler d’elles.

Sur la page facebook « A vos punchlines », vous posterez votre meilleure punchline sur le thème de la semaine.

II. BIBLIOGRAPHIE

BAZIN, Hugues, La culture hip-hop, Edition Desclée de Brouwer, 1995, 305p.

BETHUNE, Christian, Le rap, une esthétique hors-la-loi,  Paris, Autrement, 2003, 246p.

BOUCHER, Manuel, Rap, Expression des lascars, significations et enjeux du Rap dans la société française, Edition l’Harmattan, 1998, 492p.

FOUCAULT, Michel,  L’ordre du discours, Editions Gallimard, 1971, 81p.

LAFARGUE DE GRANGENEUVE Hugues, Politique du hip-hop, Action publique et cultures urbaines, presses universitaires du Mirail, 2008, 237p.

PECQUEUX, Anthony, Voix du rap. Essai de sociologie de l’action musicale, Editions L’Harmattan, 2007, 268p.

 

 

 

Les origines de la culture du défi dans le monde hip hop

« Sous sa forme orale, l’échange linguistique exige la présence des interlocuteurs- (…) et pour haranguer les foules, l’orateur a besoin d’une assistance » Christian Béthune

Les origines du rap sont à chercher dans les mouvements musicaux afro-américains . Les quatre phénomènes qui composent le hip hop: les MC’s les DJ’s, la breakdance et l’art du graffiti, et et Jeffe Chang constate dans son ouvrage « Can’t stop won’t stop » que les revendications civiques passent du terrain politique au terrain culturel. Le rap est un moyen d’expression artistique mais aussi militant.

Le hip-hop se popularise surtout par l’intermédiaire de la danse (break-dance, smurf). Un peu partout en France s’organisent des concours de smurf sur des podiums où l’esprit de compétition et de défi sont mis en avant. Celui qu’on présente comme inventeur du rap est DJ Kool Herc, d’origine jamaicaine, avec « Don’t stop won’t stop » : les lieux d’origine sont les fêtes, ce sont des pratiques locales qui vont être déplacées en studio.

La compétition se transforme généralement en jalousie. Les Sages Poètes de la Rue  expriment ce fait: « Si tu parles du mouvement rap, je ne pense pas qu’il y ait des tensions, mais plutôt de la jalousie. Au lieu de s’entraider, on se tire dans les pattes. Certains noirs réagissent mal quand un frère commence à monter. Ils sont jaloux. Mais bon, ce n’est pas juste chez les Noirs ».

Dans les Sound-Systems, nés en Jamaique, le style dance-hall possède une longue tradition de défis. Pour beaucoup de MC’s ragamuffins, la compétition est confondue avec la culture du défi ; elle est même essentielle pour faire évoluer un style.

Dans les années 60, le rap est une manière de parler, qui rencontre la tradition du jive talk (c’est-à-dire la distorsion linguistique), de la déclamation et du chant public, de la joute verbale « durty dozen » et « verbal contest » qui deviendra les «M.C. battle» du hip‐hop. Ce jeu d’appel réponse prend une consistance esthétique et engagée quand il se pose dans les années 70 sur le break‐beat. Le DJ qui permettra au rap de trouver son autonomie.

Lors de ces défis verbaux, ce qui est exprimé le plus généralement c’est une violence symbolique, une volonté de la part du rappeur de s’affirmer par rapport à l’autre, d’être reconnu en tant qu’individu dans une société urbaine où ils se noient généralement dans la masse.

La compétition a lieu sur scène. Ces compétitions s’exercent surtout lors de « freestyle » ou « style libre »

Georges Lapassade en dira que « C’est une culture fondée sur le défi et la compétition visant à trouver « entre soi » le respect qui vous est refusé par une société ambiante pratiquant ‘l’exclusion et le mépris’ ».

Avec les clashs, on a le lieu de la scène. Il y une une véritable importance du « neighborhood », recrée dans par exemple dans Rap Contenders : sorte d’esprit familial, même si 2 « camps » s’affrontent . C’est une pratique à part entière, ce sont ses membres qui écrivent son histoire.

Vidéo Street Popper

Vidéo Israel vs Palestine RAP NEWS feat DAM et Norman Finkelstein

Vidéo Breakdance (1984)

Vidéo Mighty Crown Reggae Sound Clash

Vidéo Anthony Pecqueux

Vidéo Rap Batle America – T-rex vs Yunh Ill

Vidéo Best-of Rap Contenders

 

 

Le rôle des médias

 

Large médiatisation du hip-hop car il aspire à une diffusion massive. Présence marquée dans les centres-villes. Le hip-hop sollicite beaucoup le regard des autres, il en a besoin pour « fonctionner ». Ex : à l’origine, la danse hip-hop est organisée sur le modèle du défi à l’intérieur d’un cercle, et la présence des spectateurs stimule les danseurs.

Historiquement, les radios ont été le premier média. Elles ont joué un rôle primordial dans l’enracinement de la culture hip-hop. Ensuite, l’émission de Sidney sur TF1 représentait un lieu de référence et de reconnaissance d’une culture émergente. Les jeunes s’identifiaient à lui et, par la suite, se réunirent dans des endroits publics afin de danser, rapper, graffer en groupe et contre des groupes. Les médias sont des facteurs déclenchant, ils ont la possibilité de mettre en exergue des phénomènes de mode que les jeunes suivent et se réapproprient. Les médias présentent fréquemment le rap comme l’expression musicale de la violence urbaine contemporaine. Souvent, le hip-hop symbolise une jeunesse multicolore, constituée de tribus, mettant en scène l‘américanisation d’une société française. Le rap, sous l’influence des médias devient peu à peu un prisme culturel par l’intermédiaire duquel on peut étudier cette jeunesse inquiétante mais tellement fascinante. Les fanzines  permettent aux MC’s de construire un réseau de communication autonome et indépendant des systèmes. En France, l’un des médias les plus connus et le plus respecté au sein du mouvement est le fanzine Get Busy.

Vidéo Piège de Freestyle

Vidéo H.I.P H.O.P de Sydney

Vidéo Battle Actu – Lunik vs Kenyon

Vidéo de Karmin, reprise de « Look at me now » de Busta Rhymes

Vidéo RAP NEWS

L’esthétique du clash

 

Le rap se caractérise par une mise en avant, voire une mise en scène, de l’individu et également une auto-affirmation du « moi » du rappeur qui supposent un miroir.
Par plusieurs aspects, l’esthétique du hip-hop pourrait être considérée comme une esthétique de l’éphémère, qui se caractérise par « l’accent mis sur la localisation temporelle et spatiale plutôt que sur l’universel et l’éternel » (Shustermann). On peut dire que le hip-hop constitue un art de l’instant.

Le signe d’appartenance au mouvement hip-hop se caractérise par le type d’habit ; il faut savoir que chaque discipline à un code vestimentaire différent. Ex : les breakers optent pour des vêtements simples, souples pour leurs mouvements, figures, qui se font généralement à même le sol ; les rappeurs, ceux qu’on appelle les « maîtres de cérémonies » portent des signes distinctifs de leur groupe.

 Des règles strictes sont imposées lors des clash : chacun a le droit et le devoir de répondre à son « attaquant » : dans Rap contenders, il y a des présentateurs, des limites de temps, des juges et un résultat final pour déterminer qui a été le meilleur à la suite des 3 rounds.

Vidéo Dance Academy Hip Hop Battle

Vidéo du Labo sur France O

Vidéo International Battle of the year 2006

Vidéo Rap Contenders

Vidéo BreakDance Best moves and hits 2014

L’agonistique du discours

Dans  la Grèce antique, l’agonistique désignait cette partie de la gymnastique concernant les arts du combat ( lutte, pugilat, pancrace, etc ). Le rap fait du conflit théâtralisé, de la rivalité mise en scène, de l’insulte rituelle, un élément majeur de sa poétique. Il ne fait par là que remettre à l’honneur une composante essentielle de la culture afro-américaine déjà à l’oeuvre dans le jazz et particulièrement présente dans les diverses formes littéraires de la tradition orale nègre.

La « langue des cités » que l’on retrouve dans le rap, et qui se caractérise (entre autre) par l’utilisation fréquente du verlan et par un vocabulaire qui emprunte à l’argot et aux langues étrangères est parlée bien au-delà des banlieues. Les figures de style sont nombreuses dans le langage argotique. Aujourd’hui, à travers le rap les MC’s font une utilisation polysémique du langage argotique (invention de mots, utilisation d’un vocabulaire d’origine étrangère, maniement du jargon des professionnels de la musique, du « show-business » mais aussi prisonniers..). La majorité des rappeurs utilisent, en plus du français, un langage ‘type’ de leur quartier.

Les MC’s manient la langue tantôt de manière poétique afin d’émouvoir tantôt de manière agressive afin de provoquer. Parler autrement devient une manière de lutter contre la norme et les pouvoirs en place. Cette manière de s’exprimer (en argot) prouve une appartenance à un groupe social, à une tranche d’âge. Le rap est en effet un coup de poing, un moyen pour le rappeur au micro de prêcher sa parole en face d’inconnus et de tenter de les convaincre, quel que soit le message.

Yo Moma : reprise de l’émission américaine sur MTV qui consiste à clasher sur les mères détournée ici avec des références de l’Histoire de l’Art, ce qui crée un décalage humoristique et perturbant.

- Il y a une véritable importance des pronoms à travers lesquels le rappeurs s’adressent à leurs auditeurs : lors des battle, le rappeur peut établir une complicité avec le public, contre son adversaire.

Le mode d’adresse au clasheur/spectateur est direct : ce n’est pas « je rappe que » mais « j’te rappe que ». Le clash est une expérience performative, et la pratique est l’expérience.

On peut observer une réflexivité sur et dans la pratique car le rappeur parle du fait qu’il rappe, il l’exprime en en faisant l’expérience. Le clasheur se veut persuasif, il joue sur les sentiments, et est dans une posture active et dans un engagement. C’est parce que l’articulation est déterminante pour la pratique du rap qu’elle est déterminante pour sa compréhension. Le rappeur donne à entendre d’une certaine manière, ce qui entraîne des conséquences sociales, au-delà des seules techniques vocales.

«  J’te rappe c’texte » réfère à la situation naturelle d’utilisation du langage que le rap a progressivement imposée dans l’espace chansonnier. C’est différent que de proclamer «  Je te rappe ce texte » qui est un mode dominant d’interprétation du langage. Il y a bien une perspective expressiviste du langage et un lien fort entre le langage et son espace naturel de réalisation qui est la conversation. Le langage concerne les actions impliquées par l’activité langagière ( Austin, Quand dire c’est faire ) : il réalise ce qu’il dit.

Toutes les études qui portent sur le rap en proposent une généalogie constante : le Bronx, Les Etats-Unis. Cette généalogie conditionne la façon dont la parole rap est appréhendée, c’est-à-dire comme l’équivalent de celle des « parrains américains » fondée sur l’insulte rituelle et le langage codé.

Les rappeurs français utilisent le même langage codé que celui des rappeurs américains. Le rap n’est pas une seule interprétation en langue française d’un courant musical né dans le Bronx. Tout énoncé entre en relation avec d’autres énoncés, ne seraient-ce que ceux produits dans le groupe social auquel appartient l’énonciateur.

Le sociolinguiste William Labov a étudié le vernaculaire noir américain, la langue de ghetto noir. La parole des rappeurs américains correspond à celle des jeunes du ghetto, et les rappeurs français font comme les rappeurs américains, mais dans une autre situation sociale.

Vidéo Look at me now ft Lil Wayne, Busta Rhymes

Vidéo 8 miles Eminem

La joute verbale

http://www.dailymotion.com/video/x1ubsy3_module-5_school

 

 Le sens du rap est-il confidentiel ? Qui peut écouter les clash, les comprendre ? Y a-t-il prédestination ?

William Labov s’est intéressé aux joutes verbales dans les ghettos, qui commencent de manière générale par «  Ta mère, c’est.. ». ( cf reprise « Yo MoMA » par l’artiste Bérengère Hénin: les vannes sont liées à l’art ).

D’où l’utilisation du nom de N.T.M, qui est une preuve de l’indexation des rappeurs français sur le vernaculaire noir américain.

L’activité est cadrée, les propos sont formulés et compris dans le cadre d’une distance ludique, c’est-à-dire qu’ils ne doivent à aucun moment dériver vers l’attaque personnelle. Mais Rap Contender : attaques personnelles passages quasi systématiques. La violence verbale de la vanne est réduite à un rite qui empêche la violence effective de l’emporter.

Partage d’un savoir mutuel : jeux de mots, références à d’autres rappeurs, à des crews. Il y a une véritable culture commune partagée. La parole du rap est un « argot difficile d’accès » ( Guibert, 1998 ), une parole codée par le langage de la rue mêlant argot, abréviations et différentes expressions cryptiques. Cette fonction cryptique a pour but de cacher le sens de certains mots ou messages : ex keuf pour flic ( le verlan ). Les rappeurs issus de milieux défavorisés sont exclus socialement ; en contrepartie ils excluent dans leur rap ceux qui les ont mis dans cette position.

→ le commonknowledge : on attribue des connaissances et des ignorances aux auditeurs ( je sais que tu sais ça, etc).

 Il ne faut pas perdre de vue aussi que le rap engendre une habitude de l’oreille : lors des premières écoutes, les paroles sont difficiles à saisir, le flow est étranger. Rap comme « transformation de la désespérante violente en révolte musicale » selon Green, 1997. La violence verbale est violence symbolique, avec la théorie du code. Le langage parlé du rap est une situation d’utilisation courante du langage. L’énonciation est le flow, performativité de la parole : je parle de ce que je fais et je t’adresse cela.Il y a des activités élémentaires qui rendent possible la pratique du rap, actions articulatoires et énonciatives ( le « heard-but-unnoticed » ).

 Les articulations forcées constituent une des performances vocales, à savoir acheminer sur une même mesure le plus de syllabes décomposées possibles, ce qui mène parfois à l’essouflement vocal.

Parmi les origines du rap français, il faut compter avec la chanson française, mais il tient cependant plus du texte que de la chanson, et les définitions qui se succèdent évacuent peu à peu cette notion de chanter. Il s’agit d’une forme d’argumentation ; et le freestyle ou « style libre »est couramment utilisé par les rappeurs : ce sont des paroles le plus souvent improvisées où chacun réplique oralement et spontanément.

Le freestyle est un art que chaque rappeur se doit de maitriser, accompagné d’un son, d’un beatbox. Cet exercice de style se retrouve dans les autres disciplines du hip-hop : danse, djing, graffiti, beat box. La « phase » implique l’idée de succession périodique ou régulière de divisions temporelles d’égales valeurs (Le Robert), tout en incluant un principe d’individuation (chaque phase est différente de l’autre). La réalité musicale est bien là : il faut rapper dans les temps, poser sur les bonnes mesures.

Vidéo 8 mile

 Vidéo « Yo MoMA » de Bérengère Hénin

Vidéo Rap Contender entre Jazzy Bazz et Gaiden

Vidéo Busta Rhymes « Look at me now »

Sur notre page Facebook, nous vous demanderons de poster votre meilleure punchline sur un thème précis. Le premier se trouve être sur Hélène et les garçons !

https://www.facebook.com/pages/A-vos-punchlines/1492768680936727

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Pour vous inspirer.. Doc Gynéco « On jouera a des jeux polissons.. Tu seras Hélène et je serai tous les garçons »

 

Et pour que le plaisir continue, nous vous invitons à créer un clash par paire sur le modèle du « Epic battle of rap »: vous choisirez deux personnalités médiatiques qui ont fait récemment parler d’elles

 

A vos stylos !