Présentation

Nous vous proposons ici une réflexion sur la pratique du sampling, en décryptant son évolution tant d’un point de vue historique et technique, qu’artistique et juridique.  Dans le cadre d’un MOOC des étudiants, nous tenterons d’exploiter au mieux la plateforme et de rendre ce projet participatif, avec l’idée d’un lecteur acteur dans l’objectif d’une transmission de savoir ludique et divertissante.

A travers cette étude nous tenterons donc de comprendre la pratique du sampling à travers son évolution ainsi que les enjeux liés à la discipline sous la forme de cinq modules mis en scène à travers une vidéo chacun. Voici notre cheminement:

1- Module d’introduction: partir de litiges juridiques récents dont l’objet est le sampling musical en tentant de définir cette pratique et les différentes formes qui la compose.
2- Premières formes d’échantillonnage et premières traces de sampling moderne  dans le Dub jamaïcain.
3-Formes modernes, avec l’exemple du Hip-Hop.
4- Le DJ, un musicien à part entière.
5- Les conséquences juridiques du sampling  (droit d’auteur / propriété intellectuelle, Creative Commons…).

Après chaque étape, le participant se verra évalué à partir de Quizz et d’exercices pratiques lui permettant de s’essayer au sampling. Un forum est également en train d’être pensé, afin de permettre aux intéressés d’échanger mais aussi d’apporter du contenu et des informations supplémentaires s’ils le souhaitent.

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Qu’est ce que le sampling ?

Le sampling est devenu, depuis plusieurs décennies déjà, un mode de composition musicale répandu et utilisé dans de nombreux genres musicaux d’horizons différents. Ainsi, les poids lourds de l’industrie musicale tels que le groupe Daft Punk, Robin Thicke, Kanye West ou DJ Baauer pour ne citer que des exemples relativement récents, se voient régulièrement accusés de sampling non déclaré donc illégal, voire de plagiat.

Prenons le cas du single « Blurred Lines », du chanteur Robin Thicke. Ce titre ayant connu un énorme succès commercial durant l’été 2013 a attiré l’attention de par les fortes similitudes qu’elle aurait avec la chanson « Got To Give It Up » de Marvin Gaye. Or, la chanson a été produite par Pharrell Williams, producteur de hip-hop reconnu et grand adepte de la pratique du sampling. De plus la maison de disque de Marvin Gaye, Bridgeport Music, a été décrite comme un « troll à samples » (sur le modèle du «troll à brevets», dont la principale activité économique est le litige de brevets). On comprend donc qu’il est plutôt ici question des enjeux, notamment ( et surtout) économiques, que représentent le statut et les droits d’un auteur, ce que nous décrypterons plus tard dans ce projet.

Mais ces diverses affaires, soulèvent une question: les morceaux constitués de samples peuvent-ils être considérés comme de nouvelles œuvres à part entière ?

Le sampling, que l’on pourrait traduire en français par « échantillonnage », consiste en effet à isoler un extrait d’image, de musique ou de son de son support initial afin de le réutiliser dans une nouvelle composition, qu’elle soit de même nature ou non. Les nouvelles technologies, tel qu’internet, ont rendu accessibles de nombreux produits culturels dont la transformation et la réappropriation ne connaissent aucune limite, se réalisant de manière autonome, en marge du marché de la propriété intellectuelle, et en offrant au sampling une source d’inspiration presque intarissable. Si cette pratique a une influence croissante sur les arts visuels, on se concentrera ici sur le domaine musical. En musique, le sampling se caractérise alors par la numérisation d’échantillons sonores (samples), et désigne l’utilisation de ces samples dans le processus de composition, de création d’une nouvelle œuvre musicale, posant comme nous venons de vous l’illustrer de nombreuses problématiques d’ordres économique, juridique et artistique.

 

Quizz

1) Lesquels de ces artistes ont récemment été accusés de plagiat ?


2) Quelle est la traduction du terme "sampling" ?


3) Le sampling ne s'applique t'il qu'au domaine musical ?


4) En quoi la pratique du sampling est elle problématique ?


5) Quel média a permis à la pratique du sampling de devenir plus accessible ?

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Premiers pas

Le sampling s’est donc répandu au cours de la fin du Xxème siècle, bien que cette pratique fut initiée dès les années 1940-1950 avec les travaux de compositeurs de musique concrète, électronique et électroacoustique. Il s’agissait, dans un premier temps, d’enregistrements de sons issus d’un milieu naturel, que l’on réutilisait sur bande magnétique. Il était encore très rare d’avoir recours à l’utilisation d’œuvres musicales enregistrées déjà existantes dans la création de nouvelles compositions. Les pionniers du sampling, les compositeurs de musique électronique et concrète enregistraient alors eux-mêmes tous leurs échantillons sonores et musicaux. On peut donc citer Pierre Schaeffer, considéré comme le père de la musique concrète et électroacoustique. Par musique concrète, ce dernier entend «recueillir le concret sonore, d‘où qu‘il vienne, et en abstraire les valeurs musicales qu‘il contient en puissance». Il peut ainsi repousser les limites de la musique instrumentale dite classique. Il travaille directement avec des sons enregistrés et fabriqués le plus souvent par ses soins, qu’il façonne, modifie, mixe, monte afin d’obtenir les sonorités recherchées, le tout rendu possible grâce à l’arrivée des techniques d’enregistrement sonore. Ces techniques, parmi lesquelles on retrouve la loop (boucle), le reverse (inversion du sens) ou encore le pitch (accélération ou ralentissement de la vitesse et de la tonalité) seront d’ailleurs abondamment reprises et utilisées par la suite dans de nombreux genres musicaux. En effet, dès les années 60, ces techniques se démocratisent peu à peu et rencontrent le grand public avec des groupes tels que Kraftwerk, les Pink Floyd ou encore le Velvet Underground. En résumé, ce qui différencie la musique concrète de ce que l’on connaissait jusqu’alors, c’est cette possibilité de composer sans avoir recours à une écriture sur partition et à des interprètes pour donner à entendre l’œuvre conçue par le compositeur.

Mais ce que l’on pourrait considérer comme une forme vraiment contemporaine de sampling naît définitivement avec le dub jamaïcain des sound systems («système de sonorisation», un dispositif transportable qui désigne par extension les groupes organisant des soirées utilisant ce matériel), au début des années 1970, avec l’utilisation par les ingénieurs du son, producteurs de ces dubs, de rythmiques mises bout à bout: des breakbeats (boucles rythmiques réalisées à partir d’échantillons de batterie issus d’enregistrements existants), ou de tout autre élément sonore faisant naître un morceau à part entière, bien que reposant sur des échantillons pré-existants. La première trace de cette forme de sampling date de 1972 avec le morceau « Cow thief skank » du musicien jamaïcain Lee Perry qui est une succession de plusieurs rythmiques de morceaux à la manière des futurs DJ’s de hip-hop, à la différence qu’au lieu d’utiliser des platines, Lee Perry utilise des bandes magnétiques.

 

 

 

Quizz

1) Qui a initié la pratique du sampling ?


2) Ils utilisaient alors:


3) Que désigne le mot "pitch" ?


4) Qu'a apporté la pratique de l'échantillonnage à la musique ?


5) Qu'est ce qu'un "sound system" ?

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Sampling & Hip Hop

A peu près à la même époque aux Etats-Unis, DJ Kool Herc, un DJ d’origine jamaïcaine, invente le cut, une technique lui permettant de jongler avec ses platines d’un disque à l’autre pour ainsi créer un nouveau morceau, donnant alors au DJ sa fonction moderne. Abandonnant le reggae pour le disco et la funk, le style de Kool Herc plaît, et ouvre la voie au hip-hop lors d’évènements d’un genre nouveau: les block-parties. Assez vite, le sampling et la pratique du remix connaissent, dès la fin des années 70, une application et un succès commercial grâce au premier 45 tour de hip-hop: « Rappers Delight » du groupe new-yorkais The Sugarhill Gang, considéré en 1979 comme le premier titre de rap ayant atteint une renommée mondiale, et battit à partir du titre « Good Times » du groupe de disco/funk américain Chic.

Les deux décennies qui suivront verront apparaître de nombreux producteurs qui, pour certains, marqueront et révolutionneront cette pratique. ( DJ Shadow, DJ Premier, J.Dilla…).
Le succès de « Rappers Delight » marque également les premières difficultés légales du genre, les compositeurs de Good Times, Bernard Edwards et Nile Rodgers n’ayant pas été crédités sur le disque, de même pour Curtis Fisher revendiquant être l’auteur des paroles du titre. Le succès commercial du hip-hop puis, plus récemment de l’électro, ont donc participé à l’essor de cette pratique qui, parallèlement à sa démocratisation, a souvent été, et est toujours un sujet de débats concernant les notions de propriété intellectuelle et de droit d’auteur.

 

Quizz

1) Quelle ville est considérée comme le berceau du hip-hop ?


2) Quelle technique, inventée par Kool Herc, est à l'origine du sampling moderne ?


3) Qu'est ce qu'un "breakbeat" ?


4) Quel succès marqua les premières difficultés légales du genre ?


5) Quelle technique rend la musique de Dj Premier particulièrement reconnaissable ?

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Le DJ, un musicien à part entière

Le terme DJ ou Disc Jockey désigne initialement la personne chargée du choix et de la diffusion de morceaux de musique dans une soirée ou à la radio. Ce rôle de «passeur de disque» ne ferait donc de lui qu’un intermédiaire entre l’oeuvre et le public, dont la mission peut être de divertir, d’informer mais aussi très rapidement de vendre. Ulf Poschardt, auteur d’un ouvrage consacré au Djing rappelle le cas de Martin Block, l’un des premiers DJ radio adulé par ses auditeurs: celui ci « voulait et devait vendre pour que son émission de radio garde financièrement la tête hors de l’eau. L’extension de la portée des émetteurs signifiait surtout pour lui la possibilité de toucher davantage de clients potentiels avec ses spots de pub et d’attirer les sponsors sur son émission »

Cependant, grâce à quelques pionniers dont nous vous avons parlé précédemment, à l’évolution des techniques et à leur nouvelle accessibilité, le statut de la profession a considérablement évolué après s’être popularisé dans les années 70. C’est  au début des années 1980 que Kurtis Blow fut le premier à utiliser un sampler digital pour la réalisation d’un instrumental. Les années 1990 donnèrent naissance à des productions de plus en plus complexes, fournies et musicales, avec l’utilisation de plusieurs samples par morceau, souvent complétés par une part de composition instrumentale. De nouvelles techniques firent également leur apparition, dont certaines deviendront des standards du genre. C’est le cas de la technique dite « chipmunk » par exemple, rendue populaire par Kanye West au début des années 2000: il s’agit de pitcher dans les aigus un sample vocal que l’on mélangera à d’autres samples de manière harmonieuse. Avec le succès de célèbres DJ’s producteurs, la démocratisation du sampling et l’évolution du débat sur cette discipline et plus généralement sur la culture du remix, le DJ est dorénavant considéré comme un artiste à part entière, un véritable musicien se produisant sur scène, créant de nouvelles versions de morceaux, parfois totalement différentes de leurs originales.

 

1) Que signifie DJ ?


2) Qui fut l'un des premiers beatmakers modernes, après avoir été le premier à utiliser un sampler digital ?


3) A quelle époque la profession de DJ s'est elle popularisée ?


4) Qu'est ce qu'une MPC (music production center) ?


5) Qu'est ce que le "Chipmunk" ?

 

 

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Conséquences juridiques

Le sampling moderne se basant principalement sur l’exploitation de musiques déjà existantes, celui-ci pose alors certains problèmes d’ordre juridique, notamment vis à vis des ayants droits des œuvres samplées. En effet, les formes musicales basées sur cette pratique représentèrent rapidement des sources de revenus importantes (le Hip-Hop étant un des genres musicaux le plus vendu au monde), les auteurs des oeuvres originelles, et surtout les maisons de disques propriétaires de ces oeuvres, se lancèrent alors dans des actions judiciaires en invoquant une atteinte au droit d’auteur. En effet, selon l’article L122-4 du Code de la Propriété Intellectuelle, “toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite.”. Le Code de la propriété intellectuelle autorise néanmoins certains usages tels que la citation, la parodie ou le pastiche ainsi que la caricature, l’usage pédagogique… des usages auxquels ne semble pas correspondre la musique basée sur le sampling. Les conséquences pour les artistes incriminés sont diverses: amendes, disques retirés de la vente, reversement de l’intégralité des royalties aux propriétaires du morceau samplé… Le sampling semble donc remettre en question la propriété intellectuelle et le droit d’auteur. La manière dont l’utilisation de samples sera caractérisée serait alors défnie par ces notions de propriété intellectuelle, de droit d’auteur, de copyright. L’aspect juridique semble donc primer sur l’aspect artistique, jusqu’à statuer de la légitimité de l’oeuvre créée à partir de samples. Ainsi, cette pratique artistique ne pourrait exister légalement que « sur la base de négociations de gré à gré entre éditeurs et artistes » ( Pierre Mounier, directeur adjoint du Centre pour l’Edition Electronique Ouverte).

Le sampling ne peut donc être envisagé qu’en ayant réuni un certain nombre d’accords, d’autorisations et de créditations. Si ces conditions ne sont pas respectées, le DJ ou le compositeur se verra donc sanctionné pénalement. Or ces conditions ne sont que rarement véritablement respectées et on se retrouve alors confronté à une ambivalence entre une pratique artistique qui témoignerait d’un certain génie ou au contraire une imposture artistique que l’on qualifera de vol ou de plagiat. On retrouve cette idée dans la manière dont les médias traitent ce sujet, dans les discours qu’ils tiennent ou qu’ils relaient, qu’il s’agisse de médias spécialisés ou plus généralistes.

Quelques solutions légales ont  toutefois vu le jour depuis le début des années 2000. Dès 2001, un mouvement de culture libre, notamment mené par le juriste américain Lawrence Lessig, a incité certains artistes à publier leur travail sous une des licences Creative Commons, qui autorisent l’échantillonnage d’une oeuvre d’après certaines conditions. Ces Creative Commons permettent aux artistes de libérer leurs travaux des droits de propriété intellectuelle. L’objectif est de favoriser la circulation d’objets culturels et la créativité par l’échange. Ces objets culturels deviennent alors un patrimoine commun auquel chacun peut contribuer.

 

 

Quizz

1) Quelles notions sont remises en question par la pratique du sampling ?

 

2) Que risquent les artistes amateurs de cette technique ?

 

3) Quel artiste n'a pas samplé Alain Mion et son groupe Cortex ?

 

4) Qui est le fondateur de l'organisation Creative Commons ?

 

5) Si le Code de la Propriété Intellectuelle stipule que “toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite”, quels usages sont néanmoins autorisés ?

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